Le microcrédit personnel ou social

Le microcrédit personnel est une solution pour les particuliers qui veulent emprunter entre 300 et 3 000 euros. Destiné en priorité aux personnes qui ne parviennent pas à obtenir un crédit à la consommation, ce type de prêt à taux réduit est garanti conjointement par l’État et la banque prêteuse.

Le microcrédit est très souvent associé à la création d’entreprise par l’emprunt de faibles sommes nécessaires au lancement d’une activité. Mais à côté de ce microcrédit dit « professionnel », existe un autre dispositif qui s’adresse aux particuliers, le microcrédit personnel ou social.

Créé en 2005, le Fond de Cohésion Sociale a favorisé le développement du microcrédit personnel en mettant à disposition de la Caisse des Dépôts et Consignations un budget pour garantir ces prêts à hauteur de 50%.

Pour les institutions, le microcrédit personnel sert à lutter à la fois contre l’exclusion bancaire et le surendettement des ménages.

Le microcrédit personnel permet ainsi de « remoraliser le crédit à la consommation », comme l’a déclaré Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives, dans le Figaro du 23 avril 2008.

Qui est concerné par le microcrédit ?

De nombreuses personnes sont de fait exclues du crédit en raison de revenus trop faibles, d'un travail précaire ou d’une absence de garantie.

Jeunes, salariés en contrat à durée déterminée ou à temps partiel, intérimaires, personnes âgées à faibles ressources, étudiants, chômeurs et rmistes sont les principales cibles d’un dispositif qui n’impose cependant aucune condition de revenu. Un salarié avec 1 200 euros de revenus mensuels, en intérim ou en CDD, peut par exemple y prétendre.

Le microcrédit concerne toutes les personnes qui n’ont pas accès aux crédits traditionnels et qui ne sont pas dans une procédure de surendettement, soit au total plusieurs millions de personnes. L’union nationale des centres communaux d’action sociale (UNCCAS) estime le nombre de bénéficiaires potentiels en France à 5 millions.

Il s’adresse notamment à ceux qui ont trop de revenus pour bénéficier d’aides sociales mais pas suffisamment pour avoir la confiance des banquiers et obtenir un prêt à la consommation classique. Sans le microcrédit, ces personnes n’ont parfois pas d’autres solutions que de se tourner vers des crédits renouvelables, chers et quasi-systématiquement présents dans les dossiers de surendettement.

Que peut financer un microcrédit personnel ?

Le microcrédit personnel peut s’élever jusqu’à 3 000 euros, parfois exceptionnellement jusqu’à 12 000 euros. Il sert majoritairement à l’achat ou la réparation d’un véhicule pour pouvoir se rendre au travail ou décrocher un emploi. C’est le cas de plus de 66% des prêts accordés avant 2008, d’après la Caisse des Dépôts et Consignations.

Mais rien n’interdit de l’utiliser pour acquérir des biens matériels, afin d’économiser du temps, d’alléger ses factures d’eau ou d’électricité en remplaçant un appareil hors d’usage (four, machine à laver, réfrigérateur) ou encore pour améliorer son confort (télévision, ordinateur). « Nous nous adaptons à la demande », affirme Ghislaine Conan, de la Caisse des Dépôts et Consignations en charge du dispositif sur deux départements en Bretagne. Davantage que l’objet du prêt, ce qui importe, selon elle, c’est que le microcrédit serve « un projet personnel ».

Caractéristiques pratiques du microcrédit

Prêt entre 300 et 3 000 euros, possibilité de monter à 12 000 euros (avec dérogation)

Durée de remboursement : entre 6 et 48 mois, voire 60 mois

Garantie 50%-50% de l’État et de la banque prêteuse

Taux du crédit : entre 2.5% et 8%, en fonction des banques. Fréquemment aligné sur le taux du livret A.

Pas de frais de dossier.

Pas obligation de domicilier son compte-courant chez le prêteur.

Possibilité de remboursement anticipé.

Délai du déblocage : entre 2 semaines et 2 mois selon les accompagnateurs.

Liste non exhaustive d’objets de microcrédit :

  • Achat, location ou réparation d’un véhicule (voiture, scooter…),
  • Achat d’un appareil électroménager (premier achat ou remplacement d’un appareil consommant trop d’énergie),
  • Paiement d’une formation professionnelle ou de frais de scolarité,
  • Paiement d’un permis de conduire,
  • Paiement de soins de santé pas ou mal remboursés (soins dentaires, lunettes),
  • Paiement d’une caution,
  • Rachat de crédits,
  • Achat d’un bien de consommation (télévision, ordinateur).

Comment procéder ?

L’emprunteur ne sollicite pas directement son banquier pour obtenir un microcrédit. Il est nécessaire de passer par un accompagnateur, généralement un acteur associatif. Le nombre d’accompagnateurs ne cesse aujourd’hui de croître.

Ces intermédiaires servent à rassurer les banquiers, pour qui « on réduit le risque bancaire par l’introduction d’un accompagnateur formé », constate Jean-Michel Goubard, directeur de la mission locale du Pays d’Alençon qui permet aux jeunes de ce territoire d’utiliser le dispositif depuis la fin 2008. « S’il y a un souci de remboursement, les banques peuvent passer par les associations », ajoute Ghislaine Conan.

Les accompagnateurs, conventionnés par la Caisse de Dépôt, permettent également aux emprunteurs d’avoir, toujours selon Ghislaine Conan, « une autre relation aux banques : les bénéficiaires sont très souvent des gens en difficulté avec leur banque. Par ce dispositif, ils comprennent que les banques ne sont pas là pour les enfoncer mais pour les aider. »

L’octroi d’un microcrédit passe toujours par l’accompagnateur. Celui-ci reçoit l’emprunteur, étudie sa demande et estime son reste à vivre, puis il monte le dossier avant de le présenter en commission aux banques locales accordant des microcrédits. L’accompagnateur est chargé ensuite de suivre avec l’emprunteur le bon déroulement du remboursement.

Dès le premier rendez-vous, l’éducation aux crédits et à la prudence fait partie des attributions des accompagnateurs. La lutte contre l’endettement passe ainsi par eux : le microcrédit « pourrait éviter l’engrenage », estime ainsi Marina Martin, qui gère à la fois les microcrédits et les dossiers de surendettement à l’UDAF (Union départementale des Associations familiales) d’Ille et Vilaine.

Passer par un accompagnateur présente un autre avantage. Alors que les banques fonctionnent souvent avec un barème standard pour évaluer la solvabilité de l’emprunteur, les accompagnateurs calculent de façon précise le reste à vivre de l’emprunteur, en général 6,50 euros par jour pour une personne seule. Marina Martin insiste sur ce point : « Nous ne fonctionnons pas avec la règle de 33% de taux d’endettement, tout dépend de la relation entre les ressources et les charges. Le minimum à vivre n’est pas le même pour tout le monde. »

Où s’adresser ?

  • Missions locales (pour les 16-25ans),
  • Centres communaux d’action sociale,
  • Associations familiales (les UDAF, les Familles Rurales),
  • Associations de solidarité (Secours Catholique, Restos du cœur, Croix Rouge, …),
  • Association spécialisées (Cresus, Habitat et Humanisme, « Parcours confiance » une association de la Caisse d’Épargne),
  • Certaines agences d’intérim,
  • Foyers de jeunes travailleurs,
  • Certains crédits municipaux,
  • Plus de précision par département sur France Microcrédit (site de la Caisse des Dépôts et Consignations).

Les banques prêteuses face aux microcrédits

En 2008, 7 banques, 3 établissements spécialisés dans le crédit à la consommation et 5 crédits municipaux participent au dispositif.

Pascal Briend, Caisse d’Épargne : « La Caisse d’Épargne est la première banque du microcrédit. En 2008, 1 894 ont été accordés par notre banque. Nous avons créé un réseau d’associations spécialisées, les associations « Parcours Confiance ». Fin 2008, 53 conseillers y étaient détachés dans 15 des 17 caisses régionales des Caisses d’Épargne.

Le critère principal d’octroi est que le candidat soit en situation de fragilité financière, qu’il soit client ou non de la Caisse d’Épargne. Le microcrédit est un crédit de petit montant destiné à financer un achat ou une formation. Ce n’est pas un crédit à la consommation, d’autant que derrière le crédit à la consommation se profile la problématique du surendettement. Le microcrédit est dans une démarche inverse : il sert à éviter l’exclusion financière et le surendettement. La pédagogie est importante pour que dans les esprits le microcrédit soit bien différencié du crédit revolving. »

Maxime Dumont, Crédit Mutuel : « Pour nous, le microcrédit est un dispositif expérimental qui a encore du mal à trouver sa demande. Il est présent dans nos fédérations depuis 2 ou 3 ans. Avec le microcrédit, nous sommes dans une logique de solidarité, ce crédit correspond à un projet personnel. Le taux accordé est celui du crédit le plus bas du Crédit Mutuel, de 3 à 5% avant la crise de 2008. On ne gagne pas d’argent avec le microcrédit.

L’expérience est positive : le montant moyen des microcrédits est entre 1.000 et 2.000 euros et le taux de casse (ndlr : le taux de non remboursement) entre 1 et 4%. Le système d’accompagnement reste le point fort du microcrédit.

Nous ne faisons pas de communication sur le microcrédit car ce n’est pas l’idée du dispositif. »

L’initiative du Crédit Municipal de Paris

Le Crédit Municipal de Paris a lancé une campagne publicitaire en octobre 2008 sur le microcrédit personnel avec un numéro d’appel, ouvert à tous. Cette campagne entend démontrer que le microcrédit n’est pas uniquement destiné aux bénéficiaires des minima sociaux ou aux demandeurs d’emploi. Le Crédit Municipal a un rôle d’accompagnateur dans cette opération, c'est à dire qu’il étudie les demandes avant de les proposer aux banques.

Julie Cutillas et Olivia Stauffer, Crédit Municipal de Paris : « Depuis le début octobre nous avons reçu 2 300 appels, il y a eu 280 rendez-vous et 63 microcrédits ont été accordés.

Nous accompagnons les gens qui nous appellent et qui ne sont pas suivis par les services sociaux, ce sont en réalité ceux qu’on appelle les travailleurs pauvres.

Notre premier objectif dans ce dispositif est que les personnes puissent rembourser leur microcrédit sans que l’emprunt ne nuise à leur vie quotidienne.

Les intérêts sont de 4% mais si l’emprunteur réside à Paris, la moitié des intérêts payés sont reversés à l’emprunteur au terme du prêt (ndlr : par la ville de Paris).

Le Crédit Municipal de Paris a toujours eu une vocation sociale. Nous avions observé en 2008 que le prêt sur gage était en forte hausse, nous nous sommes alors interrogés sur la manière de répondre aux demandes de ceux qui n’avaient pas de biens matériels à gager. Le microcrédit personnel nous a semblé être un complément à notre éventail d’offres. »

© cbanque.com / Nicolas Auffray / avril 2009 - Droits réservés