Que gagne-t-on vraiment à ouvrir un compte dans une banque en ligne ?

Clavier d'ordinateur et euros
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360 euros chez Fortuneo, 281 euros chez BforBank ou 166 euros chez Monabanq : ce sont les économies annuelles sur les frais bancaires promises par les banques en ligne dans leurs publicités. Ces chiffres sont-ils réalistes ? Décryptage.

Il y a de multiples raisons d’ouvrir un compte dans une banque 100% en ligne : la volonté de gérer ses comptes en autonomie, la possibilité d’accéder à un conseiller le soir et le samedi, l’attractivité des produits d’épargne, voire plus prosaïquement les primes versées aux nouveaux clients. Mais l’argument massue, celui qui draine le plus de clients vers les acteurs 100% web, est certainement le prix. La preuve : la volonté de payer moins cher les services bancaires arrive systématiquement en tête des sondages interrogeant les Français sur ce qui pourrait les décider à changer de banque.

Les banques en ligne, évidemment, ont depuis longtemps compris que le prix était le nerf de la guerre pour augmenter leur audience. Toutes utilisent largement cet argument dans leurs publicités, et au moins deux d’entre elles, Boursorama et Fortuneo, revendique haut et fort le statut de « banque la moins chère ». Trois enseignes, parmi les 6 principales banques en ligne françaises, vont même jusqu’à chiffrer, sur leurs sites commerciaux, le montant des économies que peuvent espérer un client qui les rejoint. Fortuneo promet ainsi 360 euros d’économies annuelles, BforBank 281 euros et Monabanq 166 euros.

Du flou sur les méthodologies

Comment ces enseignes parviennent-elles à de tels chiffres ? Fortuneo et BforBank procèdent de la même manière. Elles commencent par définir un profil d’utilisateur théorique, puis calculent le montant des frais bancaires annuels qu’il paierait chez elles. Elles comparent ensuite ce montant avec le coût moyen payé pour un même profil dans les enseignes traditionnelles, en utilisant pour cela les services d’un comparateur commercial de tarifs bancaires en ligne.

Le choix du profil fait donc toute la différence. L’économie de 360 euros affichée chez Fortuneo correspond à celle réalisée par un utilisateur qu’elle décrit comme « actif », c’est-à-dire équipé d’une carte Gold MasterCard à débit différé, effectuant 3.000 euros de paiement et 2.500 euros de retraits hors zone euro par an et passant dix ordres de bourses de 2.500 euros chacun par an, notamment. Pas exactement monsieur Tout-le-monde, même si Fortuneo vise clairement une clientèle premium. La filiale du Crédit Mutuel a toutefois un mérite : celui d’afficher les caractéristiques du profil choisi. Rien de tel chez BforBank, qui se contente sur son site internet d’évoquer un « profil Premium », sans plus de précisions.

Pour afficher la promesse d’économies de 166 euros, Monabanq a opté de son côté pour une autre méthode. Plutôt que d’utiliser un profil précis, la filiale du Crédit Mutuel-CIC se réfère à un montant de frais bancaires moyen pour l’ensemble des Français (190,50 euros en 2015) calculé par un comparateur commercial en ligne. Elle défalque ensuite de ce montant le coût annuel d’un compte courant Monabanq, 24 euros. Impossible, toutefois, de trouver la méthodologie de calcul utilisée pour arriver aux 190,50 euros.

De l'importance de personnaliser la comparaison

Le résultat, c'est que les chiffres affichés par les banques en ligne ne permettent d’apprécier que de manière très imparfaite ce que la plupart des clients ont réellement à gagner en les rejoignant. Il existe toutefois une manière assez simple de chiffrer ce gain. Depuis 2009, les banques vous envoient chaque année en janvier un relevé annuel des frais bancaires. A l'aide de ce document, qui liste l'ensemble des frais liés au compte courant, et d'un comparateur de frais permettant de personnaliser le profil, à l'image de celui de cBanque, vous avez la possibilité de vous faire une idée plus précise. Et vous risquez sans doute d'être loin des chiffres promis par les banques en ligne.

De manière logique, moins vous consommez de produits et services bancaires, plus le delta avec les promesses est important. Ainsi, sur le profil économe prédéfini dans le comparateur cBanque, qui correspond à un usager prudent ayant des besoins simples et évitant les frais d’incidents, l’écart de coût annuel entre les banques en ligne les moins chères - BforBank, Boursorama Banque, Fortuneo, Hello Bank, ING Direct et Soon, toutes à zéro frais sur ce profil - et la banque traditionnelle la moins chère - le Crédit Agricole de la Réunion - n’atteint que 39,20 euros.

Sur un profil standard, qui intègre les frais engendrés par des incidents et découverts ponctuels, il se creuse un peu mais n’atteint toujours pas les sommes promises par les banques en ligne. L’enseigne traditionnelle la moins chère est encore le Crédit Agricole de la Réunion, avec un coût annuel de 124,59 euros. Boursorama Banque est la banque la moins chère sur ce profil (28,01 euros, soit une économie de 96,58 euros), devant ING Direct (31,36 euros), BforBank (34,57 euros), Fortuneo (35,01 euros) et Hello bank (46,12 euros).

Enfin, sur un profil premium, pourtant proche de celui mis en avant par les enseignes de banques en ligne (1), l’écart est certes de 174,91 euros entre Fortuneo (142,42 euros de coût annuel) et le Crédit Mutuel Massif Central (317,33 euros), banque traditionnelle la moins chère. Mais BforBank (349,80 euros) et Hello bank (392,30 euros) s’en tirent moins bien.

Un avantage systématiquement surestimé

Au bilan, les banques en ligne sont généralement plus avantageuses que les banques traditionnelles, sur à peu près tous les profils possibles. Mais cette avantage a tendance, à dessein, à être surestimé par les principales intéressées. Pour schématiser, il est relativement négligeable pour ceux qui ont un usage simple et raisonné de leur compte et ne devient substantiel que pour les usagers qui ont tendance à se mettre à découvert, grâce à la non-facturation des commissions d’intervention notamment. Quant aux profils premium, tout dépend de leurs besoins - carte premium ou pas ? bourse ou pas ? - mais aussi de leur niveau d’exigence en matière de conseil. Dans ce domaine, les banques en ligne, en effet, ne rivalisent pas encore totalement avec les spécialistes de la banque privée.

A consulter : les classements cBanque des banques les moins chères

(1) Dans le profil premium retenu par cBanque, l’usager détient toutefois une carte très haut de gamme, de type MasterCard World Elite ou Visa Infinite, ce qui a pour effet de sortir du classement Boursorama Banque, ING Direct et Monabanq, qui ne proposent pas ce type de cartes.

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© cbanque.com / VM / Juin 2016