Signature électronique : les agences bancaires françaises à la traîne

Tablette de signature wacom
© Wacom

En France, le vieux contrat papier, à signer en double exemplaire, est encore de mise dans la plupart des agences bancaires. D’autres pays (l’Espagne ou les Etats-Unis, notamment) ont pourtant déjà basculé dans l’ère du numérique et de la signature électronique. D’où vient ce retard français ? Comment fonctionne cette technologie, et quels sont ses avantages pour les banques et les clients ? Les réponses de Thomas Kaeb, porte-parole en France de l’entreprise japonaise Wacom, un des leaders mondiaux du marché des tablettes de signature.

Thomas Kaeb, Wacom commercialise des tablettes permettant d’apposer une signature manuscrite sur des documents numériques. Comment cela fonctionne-t-il ?

« A l’origine, Wacom est spécialisé dans les tablettes graphiques, à destination des graphistes, des dessinateurs ou des architectes. En 2007, une banque allemande nous a demandé d’adapter cet outil pour permettre la signature sécurisée de contrats numériques. Concrètement, ces tablettes permettent de visualiser un contrat, de le lire et d’y apposer directement sa signature, à l’aide d’un stylo électromagnétique. La signature est ensuite « encapsulée » dans le document - un pdf en général - de manière cryptée. Le dispositif est totalement sûr puisque la tablette est une « boîte noire » sans mémoire interne, sans wifi ou bluetooth, simplement reliée en USB à l’ordinateur du conseiller. »

Cette signature numérisée a-t-elle la même valeur juridique qu’une signature sur un contrat papier ?

« La signature manuscrite sur tablette n’est qu’un élément du processus de signature électronique, qui nécessite aussi la création d’un certificat horodaté achevant de sceller le document. Selon un avis juridique commandé en France à un cabinet d’avocats, l’addition de la signature manuscrite et du certificat permet de s’assurer d’un niveau de preuve suffisant pour tenir devant un juge. »

Comment expliquer le retard des banques françaises en matière de signature électronique ?

« Il y a plusieurs raisons à cela. Par rapport aux Etats-Unis notamment, le cadre technico-juridique européen est plus strict, ce qui est une bonne chose en matière de sécurité mais a freiné le développement de cette technologie. En France, les banques ont aussi fait le choix de concentrer l’effort sur la souscription de produits à distance, dans leurs espaces bancaires en ligne. Maintenant que ce marché est bien couvert, le sujet de la signature électronique en agence va émerger. Car les enseignes ont bien compris, malgré la baisse de fréquentation des agences, que la relation en face-à-face avec un conseiller reste importante pour certaines opérations complexes, comme la souscription d’un crédit, d’une assurance-vie ou d’un PEA. »

Quelques enseignes ont tout de même pris de l’avance dans le domaine…

« Effectivement. La première a été la BRED-Banque Populaire, qui a équipé ses agences de 2.000 tablettes de signature dès 2011. Les sociétés spécialisées dans le crédit à la consommation - Banque Accord, Cetelem, RCI Banque, Franfinance notamment - ont également compris très tôt son intérêt pour la distribution de prêts sur les lieux de vente. Plus récemment, en 2014, la Caisse d’Epargne a été la première grande banque de détail à investir massivement, en installant 25.000 tablettes de signature dans ses agences. Les autres enseignes sont toutes, au minimum, en phase d’expérimentation. »

Quels sont les avantages de la signature numérique pour les banques ?

« L’usage des tablettes de signature permet aux conseillers de gagner du temps et de la disponibilité pour le client, en évitant d’avoir à imprimer les documents contractuels, à s’occuper de la maintenance de leur imprimante, à scanner ensuite le document signé pour le transmettre au client ou l’archiver. La Caisse d’Epargne a par exemple estimé à 9% le temps commercial gagné grâce aux tablettes, et à 365 millions le nombre de feuilles de papier économisées, pour un gain global de l’ordre de 8 millions d’euros. Mais au-delà de ces aspects matériels, il y a également un enjeu d’image. Comment réagira en effet un client qui peut souscrire en ligne un produit de manière totalement dématérialisée, mais qui est assailli de paperasse en agence ? Il est nécessaire pour les banques de mettre en cohérence leur expérience client, en ligne et en agence. »

Et pour le client ?

« L’usage des tablettes permet de conserver le geste de la signature manuscrite, qui est bien comprise par le client et marque symboliquement un engagement plus fort qu’un double clic sur un écran d’ordinateur. Ensuite, il n’a plus besoin de ramener avec lui un paquet de feuilles, qu’il devra classer : le contrat lui est envoyé par e-mail, et il est généralement stocké dans un coffre-fort numérique. »

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© cbanque.com / Propos recueillis par VM / Avril 2015

Commentaires

Publié le 3 avril 2015 à 10h15 - #1Anne-Laure

Effectivement la signature électronique sur tablette est un bon moyen pour accélérer le processus de vente en agence bancaire.
Ajoutez-y un outil d'aide à la vente, l'ensemble du processus sera dématérialisé et essentiel dans le développement des ventes en agence.
CALINDA

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