Assurance-vie : comment les frais de versement rognent la rentabilité

Calculs bancaires
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Comparer des contrats d’assurance-vie sur la base des rendements des fonds en euros, une méthode facile et efficace, mais imparfaite. Car si les taux de rémunération sont annoncés net de frais de gestion, d’autres frais entament la rémunération. Dès l’ouverture d’une assurance-vie, des frais de versement peuvent être prélevés, amputant ainsi le capital avant même que l’argent ne génère des intérêts. Comment tenir compte de ces frais pour comparer les contrats ?

5%. C’est le maximum annuel légal des « frais à l'entrée et sur versements » pour un contrat d’assurance-vie. C’est aussi le taux qu’appliquent certaines banques en guise de frais de versement pour tout dépôt sur un contrat. Or, un investissement amputé de 5% dès l’origine perd mécaniquement en rentabilité. Ce niveau, qui pouvait encore paraître acceptable il y a quelques années, apparaît aujourd'hui disproportionné, alors que les rendements sont de plus en plus faibles.

Ces frais de versement varient fortement selon les contrats : les grands réseaux bancaires et certains assureurs sont généralement les plus gourmands, les courtiers d’assurance-vie en ligne utilisent, eux, leur absence comme argument commercial. Une nuance toutefois à cet état des lieux : le tarif est parfois réduit en cas de versements programmés, ou en fonction de l’importance de la somme investie. Et attention, quelques acteurs cultivent une certaine ambiguïté sur ces frais en les présentant comme des « frais d’entrée » ou des « droits d’entrée ».

Un impact qui s’effrite avec le temps

A quel point ces frais ont-ils une incidence sur le rendement du contrat d’assurance-vie ? Pour les fonds en euros, il est facile d'en faire abstraction puisque les assureurs communiquent leurs rendements net de frais de gestion. Pour les frais de versement, en revanche, la comparaison s'avère plus délicate car il faut tenir compte de la durée de placement et de la rémunération. Pour y voir clair, nous avons réalisé deux tableaux qui permettent d'obtenir les taux nets de frais de versement en fonction d'une durée de placement et selon plusieurs niveaux de tarification, en prenant l'hypothèse d'un rendement stable de 3%.

Un constat saute aux yeux : c’est bien évidemment sur les durées courtes que l’impact est le plus important. Ainsi, sur la première année, avec un taux de rémunération de 3%, le rendement est négatif dès que les frais de versement, qui ont rogné le capital dès le départ, atteignent les 3%. Toutefois, à rémunération équivalente, plus le temps passe, plus l’impact des frais de versement se dilue.

Taux cumulé net de frais pour un rendement de 3%
Frais sur versements
Durée0%1%2%3%4%5%
1 an3,00%1,97%0,94%-0,09%-1,12%-2,15%
2 ans6,09%5,03%3,97%2,91%1,85%0,79%
3 ans9,27%8,18%7,09%5,99%4,90%3,81%
4 ans12,55%11,43%10,30%9,17%8,05%6,92%
6 ans19,41%18,21%17,02%15,82%14,63%13,43%
8 ans26,68%25,41%24,14%22,88%21,61%20,34%
10 ans34,39%33,05%31,70%30,36%29,02%27,67%

Illustration pratique. Patricia ouvre un contrat avec un taux de frais de versement fixé au maximum légal, à 5%. Dans ce cas, elle doit attendre les intérêts de sa deuxième année de détention pour compenser l’impact des frais appliqués au moment de la souscription. Mais comme le fonds en euros rapporte de l’argent chaque année, au bout de dix ans, il rapporte tout de même 27,67% en taux cumulé. Contre 34,39% dans le cas d’un contrat affichant du « 0% ». Pour un versement initial de 10.000 euros, Patricia reçoit ainsi 2.767 euros d’intérêts avec son assurance-vie au bout de dix ans, contre 3.439 euros pour le contrat à « 0% ».

Un important impact en cas de versements réguliers

Le tableau proposant un taux annualisé permet de simuler à quel point un rendement de 3% serait rogné en net de frais de versement. Tout dépend là encore de la durée de détention. Pour un contrat avec 3% de frais sur versements conservé pendant 8 ans, la rémunération nette sera de 2,61% pendant chacune de ces 8 années.

Taux annualisé net de frais pour un rendement de 3%
Frais sur versements
Durée0%1%2%3%4%5%
1 an3,00%1,97%0,94%-0,09%-1,12%-2,15%
2 ans3,00%2,48%1,96%1,44%0,92%0,39%
3 ans3,00%2,66%2,31%1,96%1,61%1,25%
4 ans3,00%2,74%2,48%2,22%1,95%1,69%
6 ans3,00%2,83%2,65%2,48%2,30%2,12%
8 ans3,00%2,87%2,74%2,61%2,48%2,34%
10 ans3,00%2,90%2,79%2,69%2,58%2,47%

Ce tableau permet d’illustrer l’impact de ces frais en cas de versements réguliers. Exemple. Franck ouvre une assurance-vie dans l’idée de l’abonder progressivement. Il opte pour le contrat à 3% de frais de versement et le ferme au bout de 8 ans. Les sommes déposées à l’ouverture sont rémunérées à 2,61% par an « net de frais de versement ». Mais celles déposées deux ans plus tard (durée réelle de placement de 6 ans) ne seront plus rémunérées qu’à 2,48%, puis les sommes investies après 5 ans de détention (placement de 3 ans), à 1,96%, etc. Et si Franck dépose de l’argent un an avant de fermer son contrat, les intérêts ne compenseront même pas entièrement les frais appliqués lors de ce dernier versement.

Comparer la rémunération avec des frais de versement

L’existence de frais de versement doit-elle être rédhibitoire dans le choix d’un contrat d’assurance-vie ? Non. Cette méthode de calcul est un outil de comparaison. Prenons d'un côté un contrat sans frais rémunéré à 3% et de l'autre côté une assurance-vie avec des frais de versement à 3% mais à la rémunération de 3,50%. En appliquant notre formule [lire l’encadré ci-dessous], et uniquement pour un versement initial, le taux annualisé « net de frais de versement » de l'assurance-vie avec frais est de 3,11% par an pour 8 années de détention. Pour le contrat sans frais, ce rendement est logiquement de 3% pour la même période : moins intéressant, au final. En revanche, le contrat sans frais s'avère plus rentable pour des durées de détention plus courtes. Bilan : un contrat au rendement attractif mais avec des frais de versement peut être plus rémunérateur qu’une assurance-vie sans frais, à condition de parier sur le moyen ou long terme et de ne pas fractionner les versements.

Il s’agit donc d’être conscient de l’impact de ces frais pour faire son choix en fonction de l’objectif du contrat. Ainsi, s’il s’agit uniquement de placer une somme importante, sans objectif d’abonder l’assurance-vie par la suite, sur un contrat bien rémunéré, les frais d’entrée ou de versement ne doivent pas nécessairement être vus comme une barrière. Notamment parce qu’il est possible de les négocier en cas d’important versement initial. En revanche, en cas de versements réguliers et dans une logique d’optimisation de son placement financier à plus court terme, mieux vaut privilégier les solutions à frais réduits voire à 0%.

Calculer un taux net de frais de versement

Cette première formule de calcul permet d’obtenir la performance cumulée (Pc) « net de frais de versement » en pourcentage. Cette équation nécessite d’utiliser les frais sur versements en pourcentage (f) et le taux de rémunération du placement (i), en retenant l’hypothèse de conditions stables sur le nombre d'années du placement (n).

Pour connaître la performance annualisée (Pa) correspondante, il faut appliquer cette seconde formule, à partir du nombre d’années de détention (n) et de la performance cumulée (Pc) qui vient d’être calculée.

Exemple : une assurance-vie rémunérée à 3,50% net de frais de gestion, avec 3% de frais sur versements, pour une durée de détention souhaitée de 8 ans. Dans ce cas, on obtiendra une performance cumulée (Pc) de 27,73%, ce qui équivaut à une performance annualisée (Pa) de 3,11%.

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© cbanque.com / BL-FV-MdB / Février 2015

Commentaires

Publié le 1er mars 2015 à 09h53 - #1kalinka77

Je considère l'assurance vie comme une véritable arnaque qui rapporte plus d'argent aux banques qu'à leurs clients. La preuve :
- j'ai ouvert une assurance vie il y a 10 à 12 ans à la SG et y ai placé 150€
- Frais d'entrée : 4%, donc il ne restait plus que 144€
- je n'ai effectué AUCUN autre versement sur cette assurance vie
- des frais de gestion tous les ans y sont appliqués
- dernier relevé au 31/12/2015 : 143€ !!!
- moralité : si j'avais laissé les 150€ sur mon cpte courant, ils y seraient toujours !
- si j'avais effectué plusieurs versements, le poisson aurait été noyé et je n'aurais rien vu...
La SG a voulu me faire fermer cette ass. vie à plusieurs reprises. J'ai refusé car pour moi c'est la preuve que l'assurance vie n'est pas le soi-disant bon placement tant venté par les banques...

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