Un fonds d'acquisition de biens immobiliers en viager de 120 millions d'euros, baptisé Certivia, a été lancé mardi par la Caisse des dépôts (CDC) et huit investisseurs institutionnels, afin de développer un dispositif encore peu populaire en France, permettant aux seniors de compléter leurs revenus.

« Le viager est un outil d'adaptation au vieillissement de la société, qui s'est heurté à un obstacle psychologique », a affirmé Pierre René Lemas, directeur général du groupe CDC lors d'une conférence de presse, évoquant un nombre de transactions actuellement « extrêmement modeste », de l'ordre de 4.000 par an, dont un tiers de ventes intra-familiales.

Grâce aux garanties déontologiques apportées par la CDC, Certivia, dont le slogan est « le viager en toute sécurité », devrait « rassurer les particuliers qui hésitent à vendre en viager », et se défont de leur patrimoine « avec un sentiment de dépossession », estime M. Lemas. Ce dispositif répond à la « problématique du vieillissement de la population », a-t-il assuré, alors que près d'un Français sur trois aura plus de 60 ans en 2040, selon l'Insee.

Vendre son logement et continuer à l'occuper

Certivia se porte acquéreur de biens immobiliers (en priorité des appartements) auprès de particuliers âgés d'au moins 70 ans : ceux-ci touchent un capital nommé « bouquet » complété par une rente à vie, tout en restant dans leur logement, comme dans un viager classique.

Ce fonds est lancé avec huit investisseurs institutionnels – CNP Assurances, Suravenir, AG2R La Mondiale, Groupama, la Maif, le groupe Macif, le groupe Crédit Mutuel Nord Europe et Unéo –, en collaboration avec le Conseil supérieur du notariat (CSN).

Objectif de 400 biens achetés en 5 ans

L'objectif de Certivia dont la souscription, ouverte mardi, ira jusqu'à fin mars 2015, est l'achat de 400 biens immobiliers en 5 ans, avec un placement d'une durée de 25 ans et d'une rentabilité de « 6 à 6,5% ». Quelque 150 millions d'euros devraient être collectés au total à fin mars. Ces biens seront acquis en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (à 90%), ainsi qu'à Lyon et dans d'autres grandes métropoles.

Une réflexion est en cours sur la création d'un outil équivalent pour du patrimoine à vocation sociale, a indiqué M. Lemas : les bailleurs sociaux achèteraient en viager, avec le concours de fonds d'épargne, des biens immobiliers qui viendraient accroître leur patrimoine HLM.

La vente en viager requiert une « protection particulière du vendeur, un conseil et une absence de pression de l'entourage », a souligné la notaire Eliane Frémeaux, membre de l'Institut d'études juridiques au CSN, qui a fourni son expertise. « Depuis deux à trois ans, les enfants conseillent à leurs parents de regarder le viager, c'est un phénomène nouveau que nous avons noté dans nos études », a-t-elle rapporté.

La gestion de Certivia a été confiée à la société de gestion La Française REM au côté de la société Renée Costes Viager, leader de ce marché en France, deux prestataires sélectionnés au terme d'une procédure de mise en concurrence.