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Comment la Nef compte devenir la première « banque éthique » de France

Par - Publié le mardi 18 mars 2014 à 17h59

Parole d'experts - Mots-clés : Autorité de Contrôle Prudentiel, Banques, Crédit / emprunt, Épargne, Europe.

Jean-Marc De Boni, président du directoire de la Nef
Jean-Marc De Boni / Nicolas Robin - DR

L’évolution de la réglementation européenne sur les établissements financiers permet à la Nef, jusqu’à présent société financière « éthique », d’élargir son offre et notamment de proposer un livret d’épargne ou un compte courant sans passer par son partenaire actuel, le Crédit Coopératif. Reste à faire valider cette évolution par l’assemblée des sociétaires. La Nef vient ainsi de lancer un appel à la mobilisation et à la souscription de nouveaux sociétaires afin de disposer de 10.000 votes « pour une banque éthique en France » en assemblée générale exceptionnelle, le 20 mai. Qu’est-ce que ce nouveau statut changera pour les épargnants ? Réponse de Jean-Marc De Boni, président du directoire de la société financière de la Nef.

Aujourd’hui, la Nef propose déjà de l’épargne, du crédit, des comptes courants, etc. Qu’est-ce qui va changer si votre projet se concrétise ?

« Il est en effet possible de réaliser plusieurs opérations mais relativement peu directement à la Nef. A ce jour, vous pouvez contracter des crédits mais pour l’épargne, en direct, nous ne proposons que des comptes à terme, sur une durée supérieure à 24 mois. Après, il existe un partenariat avec le Crédit Coopératif qui commercialise et gère pour notre compte des livrets et des comptes courants. La Nef peut disposer d’une partie des fonds pour financer son activité de crédits mais ces comptes et livrets sont inscrits dans les livres du Crédit Coopératif, car l’agrément dont nous disposions jusqu’à présent ne nous le permettait pas. Jusqu’ici, nous appartenions à la sous-catégorie « société financière » des établissements de crédit. Au 1er janvier 2014, l’harmonisation européenne nous a permis d’entrer de plain-pied dans une autre sous-catégorie : les établissements de crédit spécialisés habilités à réaliser toute opération de banque. Ce qui va changer, c’est la capacité de proposer aux épargnants (1) d’ouvrir des livrets et des comptes chèques directement auprès de la Nef. Cela nous permettra d’éviter une certaine confusion puisqu’à l’heure actuelle, sur ces comptes, nous ne décidons ni de la tarification, ni du mode de gestion d’un découvert, etc. »

Un particulier pourra-t-il fermer tous ses comptes dans une banque traditionnelle et transférer l’ensemble à la Nef ?

« A terme oui mais pas tout de suite. Dans un premier temps, les particuliers pourront ouvrir leur livret Nef (aujourd'hui rémunéré à 0,75% brut, NDLR) directement auprès de nous. Dans un deuxième temps, il sera possible d’ouvrir un compte chèques. Pourquoi ce délai ? Dans un souci de qualité. Nous devons aussi demander l’autorisation au régulateur (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, NDLR) pour les différents moyens de paiement, puisque, même si nous changeons de case et si la différence est ténue, nous ne sommes toujours pas dans la sous-catégorie “banque”. »

A terme, souhaitez-vous intégrer cette sous-catégorie ?

« C’est l’objectif fondateur de la Nef, depuis 1988 (date de la création de la société financière, NDLR) : devenir une banque à part entière. Aujourd’hui, nous faisons un premier pas dans ce sens avec l’évolution du statut. »

Votre objectif est d’obtenir 10.000 votes pour ce changement de statut. Vous revendiquez 34.000 sociétaires. Pourquoi est-il nécessaire d’attirer de nouveaux sociétaires ?

« Pour une assemblée générale extraordinaire, il faut un quorum de 25% de sociétaires. Nous avons arrondi à 10.000. Habituellement, comme souvent dans les coopératives existant de longue date, le quorum oscille entre 12% et 15%. Il nous faut mobiliser près du double pour que la marche vers la banque de plein exercice soit franchie. »

Le message s’adresse donc plus aux sociétaires actuels qu’au grand public.

« Oui… Mais nous souhaitons profiter de ce moment pour signaler à tout le monde que, pour la première fois, une banque éthique peut voir le jour en France. Et si certains veulent participer, ils sont les bienvenus ! »

Vous dites qu’il n’existe pas encore de banque éthique en France. Mais quelle est la différence avec votre partenaire le Crédit Coopératif par exemple ?

« Le Crédit Coopératif a des qualités tout à fait particulières, néanmoins, ce n’est pas une banque éthique puisqu’il existe un critère incontournable pour faire partie de la finance éthique (2) : le fait de publier l’intégralité des opérations réalisées avec l’argent qui nous est confié et la possibilité pour les épargnants de choisir ce vers quoi ils vont orienter leur argent. Nous publions chaque année la totalité des prêts et investissements que nous réalisons, avec l’adresse des entreprises concernées (3). »

Comment un particulier choisit-il l’utilisation de son épargne ?

« Il y a trois options possibles. La première : laisser son argent à la disposition de la Nef. La deuxième, qui est utilisée par 70% des épargnants : demander que l’argent aille plutôt à un domaine d'activité spécifique, comme l’environnement, les entreprises d’insertion ou le secteur culturel. Troisième choix : depuis juin dernier, les épargnants peuvent accéder à notre plateforme de financement participatif, Prêt de chez moi. »

Les produits permettant le fléchage de l’épargne se multiplient aujourd’hui : livrets locaux ou régionaux, PEA-PME, livrets de partage, etc. N’avez-vous pas peur de vous noyer dans cette offre florissante ?

« Nous faisons cela depuis 25 ans. Nous sommes très heureux qu’un certain nombre d’établissements bancaires prennent conscience que leurs clients souhaitent donner du sens à leur épargne. Reste un pas important à franchir pour ces établissements : prouver qu’ils tiennent leur promesse et publier l’ensemble des projets financés. »

(1) Une fois le nouveau statut validé, il ne sera plus nécessaire d’être sociétaire pour ouvrir un livret puis, ultérieurement, un compte courant. Actuellement, la souscription est réservée aux détenteurs de 3 parts sociales de la Nef.

(2) Pour la définition de la « finance éthique », Jean-Marc De Boni s’appuie sur « un concept partagé par plusieurs établissements européens tels que Triodos (Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Espagne), GLS (Allemagne) ou Banca Etica (Italie, Espagne) ». Il précise par ailleurs que « ce concept a été partiellement repris par la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA) dont nous sommes co-fondateurs. La FEBEA admet cependant des banques non éthiques, tel le Crédit Coopératif, mais dont l'objet est clairement guidé par une responsabilité sociétale, d'où « éthiques et alternatives » ».

(3) Le Crédit Coopératif n’a en effet pas mis en place ce type de fléchage sur tous ses produits mais propose par exemple le fléchage et la traçabilité des fonds avec son compte Agir.

Par Benoît LÉTY
© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Mars 2014

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